Archipel des Glénans

Les bancs de maerl, des habitats naturels menacés

Le maerl est un dépôt littoral constitué de fin gravier et de débris d’algues calcaires. Utilisé parfois sous le nom de « semoulette », il est depuis longtemps apprécié comme amendement pour les sols, bien qu’on lui connaisse de nombreuses autres utilisations dans l’industrie cosmétique, la filtration ou le traitement des eaux…

Mais le maerl n’est pas un simple granulat fossile que l’on pourrait exploiter sans précautions. C’est en réalité le support d’un milieu naturel riche et fragile. Il est le résultat de la croissance durant des milliers d’années de petites algues qui puisent dans la mer le calcaire nécessaire à l’édification de leur écorce et dont l’accumulation a fini par constituer des bancs sous marins sur lesquels se développent une faune et une flore particulièrement abondantes.

Les bancs de maerl ressemblent à de grands champs sous-marins. Sous le nom de maerl, sont représentées plusieurs espèces d’algues rouges calcaires, les Lithotamnes: Lithotamnion calcareum (= Phymatolithon calcareum), Lithothamnion corallioïdes,… Ces bancs, parfois très épais et très anciens, datant de plusieurs milliers d’années, ne demeurent vivants que dans leur partie superficielle. Le maerl se développe en eau claire (à des profondeurs variant de 0 à 15 m généralement) et sa croissance est très lente (moins d’1 mm par an). C’ est donc une ressource qui peut être considérée comme non renouvelable compte tenu de sa très faible vitesse de croissance. Les rameaux de maerl, appelés thalles, de grande taille, font donc partie des plus anciennes plantes vivantes connues.

Une diversité biologique exceptionnelle

Cette morphologie particulière en rameaux forme un milieu de micro cavités. Imaginez une forêt extrêmement  dense ; comme le vent à travers des branches, l’eau circule très profondément, apportant de l’oxygène, s’oxygénant au passage par la photosynthèse, et transportant de la nourriture. Les thalles servent de support à de nombreuses micro-algues, comme en forêt où les arbres servent de support à de nombreuses espèces de mousses et de  lichens… En eau très claire, ce chiffre peut atteindre quelques centaines d’espèces. Un exemple : en rade de Brest, plus de 740 espèces d’invertébrés ont été identifiées dans le maerl en 3 ans. Ces gazons algaux sont alors broutés par de nombreux amphipodes et des gastéropodes herbivores, qui, par leur activité biologique, alimentent le monde des détritivores (petits crustacés et vers marins). Dans ce milieu meuble, les éponges, les coquillages et les ascidies vont aussi s’installer, les prédateurs  comme les crustacés, les poissons et les jeunes oursins, trouveront d’excellents abris. Les communautés du  maerl sont d’une richesse très élevée comparée aux autres sédiments parce que les espèces y sont protégées de la prédation des super-prédateurs (gros poissons…) Vous l’avez compris, nous sommes en présence d’un des écosystèmes marins les plus diversifiés.

Cet écosystème permet  aussi le développement de nombreuses espèces à valeur commerciale comme les palourdes, praires, coquilles Saint-Jaques, dorades, bars, turbots… Dans l’archipel des Glénan,  pour la saison 2008/2009, 44 bateaux ont une « licence coquille ». Depuis quelques années, un important travail est mené pour gérer les ressources: mise en jachère de certains secteurs de pêche, diminution du temps de pêche, augmentation des mailles des dragues, retrait des licences par le comité local des pêches en cas de constatation d’infractions… Mais les coquilliers ne pêchent pas seuls sur ces bancs de maerl. Environ une quarantaine de bateaux  pratiquent la palangre, grande ligne de fond, ou la traîne,  pour laquelle ils ont demandé un label « bar de ligne ».

Un milieu sur-exploité, particulièrement menacé

Exploiter inconsidérément ces bancs de maerl revient à détruire un milieu naturel dont on commence tout juste à mesurer l’importance biologique.

On recense une trentaine de bancs en Bretagne. Il est à noter que le maerl est pratiquement absent de la Manche orientale et qu’il est également très rare de l’estuaire de la Loire à la côte basque. Les bancs bretons représentent donc la quasi-totalité du maerl atlantique français.

La principale agression des banc de maerl est l’extraction (et dans une moindre mesure l’eutrophisation). Des études sur le site d’extraction des Glénan (Pinot, 1997; Biomaerl 1999) ont montré qu’en vingt ans tous les thalles vivants ont disparu des bancs exploités et que les zones voisines à la concession étaient contaminées par les particules fines remises en suspension . Les bateaux utilisent des suceuses, qui commencent par prélever le maerl de surface, dans lequel la biodiversité est la plus importante. Ces suceuses, qui ont remplacé les bennes, travaillent plus vite, et permettent des rotations plus importantes. Les exploitants rejettent en mer l’eau de « surverse » chargée de matériel fin, ce qui crée une turbidité défavorable à la photosynthèse. Toute vie macrofaunique a disparu de la zone d’extraction proprement dite et l’envasement alentour est susceptible de compromettre les peuplements présents, y compris les populations d’espèces à intérêt commercial comme la coquille Saint-Jacques ou la palourde rose.

La conservation des bancs de maerl est donc d’un intérêt international. C’est pourquoi à l’échelle européenne, ces formations correspondent à des « habitats naturels d’intérêt communautaire » dans la Directive 92/43 « Conservation of Natural Habitats and of Wild Fauna and Flora » qui rend obligatoire la gestion de l’exploitation du maerl. Il convient également de réfléchir aux moyens de substitution possibles: broyat de coquilles, crépidules , bancs de coquilles mortes (Glycymeris) …

Grâce à la mobilisation des scientifiques, des défenseurs de l’environnement et des pêcheurs, les autorisations de prélèvement de maërl à proximité de l’archipel des Glénan ont diminué progressivement jusqu’à cesser complètement en décembre 2011.

Réserve Naturelle des Glénan Bretagne Vivante SEPNB

Maison de la mer

Pouldohan

29910 TREGUNC

Tel/fax : 02 98 50 19 70      Couriel : sepnb.glenan@wanadoo.fr

Biblio :         GLEMAREC et GRALL, 1997, 1999

POTIN et al, 1990

HILY et al, 1992

BIOMAERL, 1999

 

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